Editorial
Vendredi 23 Décembre 2005 à 12:00:00
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(Congo-Brazza, Etats-Unis)
Mais qui se cache donc derrière kensington International ?
Parce qu’un tribunal de sa Royale Majesté a condamné, à Londres, le Congo à payer des sommes phénoménales à l’une de ces institutions privées qui se consacrent à la ruine des pays en développement et que l’on désigne dans le monde de la finance internationale sous le terme peu flatteur de «fonds vautours», une nouvelle campagne de désinformation vient de débuter à l’échelle internationale contre Brazzaville sur le thème du détournement des revenus du pétrole à des fins inavouables.
Il ne fait aucun doute que les autorités congolaises sauront répondre rapidement et de façon convaincante aux attaques injustes, stupides, aberrantes même, qui sont portées contre elles. Mais, en attendant, donnons aux lecteurs des Dépêches de Brazzaville quelques éléments permettant de nourrir leurs réflexions sur les forfaits que commettent en toute impunité les «fonds vautour» dont le Congo est aujourd’hui l’une des victimes.
Ces éléments étant le fruit des investigations que nous menons depuis plusieurs semaines sur le sujet, en voici un résumé succinct :
1) kensington International est une société des Iles Cayman, l’une de ces sociétés offshore tant décriées par elle durant le procès, qui appartient à 40 % à Elliott Associates LP, un fonds de placement américain spécialisé dans le rachat des dettes des pays en développement. Elliott rafle ces dettes à des prix très bas sur le marché, puis traîne les pays débiteurs devant des tribunaux anglo-saxons, réputés à juste titre compréhensifs pour ce «capitalisme sauvage» ; il finit par obtenir des jugements lui permettant de multiplier par cinquante ou par cent sa mise initiale. Exemple pratique : kensington International a racheté pour 1.686.596 dollars US quatre créances sur le Congo d’un montant global de 32.580.000 dollars qui dataient des années quatre-vingt ; au terme des jugements rendus à Londres fin 2002 début 2003, le «fonds vautour» a obtenu 121.365.437, 70 dollars, ce montant portant lui-même intérêt à 8 %, soit 9.680.000 dollars de plus par an ! Non content de pratiquer ce racket et de trouver des juges pour l’approuver, il a assigné en outre le Congo devant un tribunal de New-York et lui réclame des dommages-intérêts d’un montant de 1.400.000.000 dollars !!
2) Elliott Associates n’en est pas à son premier coup. Le «fonds vautour» a en effet mis à genoux le Pérou il y a quelques années en agissant exactement de la même façon et en obtenant des juges anglo-saxons le même type de jugement. Chose étrange, dans le cas de kensington, les actionnaires de l’entreprise, contrairement aux règles en usage aux Etats-Unis, ne sont pas connus, ou, plus exactement, ne sont connus qu’en partie. Si 40 % du capital de la compagnie sont détenus directement par Elliott Associates LP, les 60 autres % sont soigneusement dissimulés, ce qui a conduit par deux fois les juges britanniques – mais, curieusement, ce ne fut pas le cas dans la dernière instance intentée à Londres contre le Congo – à débouter kensington International de ses actions en justice. Selon certaines sources, ces 60 % appartiendraient à des personnalités américaines de réputation sulfureuse, mais assez bien protégées dans les hautes sphères de l’administration pour échapper aux investigations.
3) Fait surprenant et qui tend à conforter cette hypothèse, le principal actionnaire d’Eliott Associates, Paul Singer, est un financier bien connu de Wall Street qui s’est fait une spécialité du rachat à bas prix des créances traînant sur le marché international et qui a construit une fort belle fortune sur la récupération de ces créances par voie de justice. Or ce Paul Singer a visiblement des contacts à haut niveau dans le monde politique américain puisqu’il figure en très bonne place dans la liste des plus gros contributeurs de la dernière campagne électorale du président George W. Bush ! De là à penser que l’opération qu’il conduit contre le Congo n’est pas dénuée d’arrière-pensées il n’y a qu’un pas… Que nous nous garderons bien de franchir, du moins tant que la lumière n’aura pas été faite sur le sujet.
Quelle conclusion tirer de ce qui précède sinon qu’avant de mêler leur voix à celles des détracteurs du Congo, les commentateurs – opposants, journalistes, diplomates et autres – feraient bien de vérifier les informations qu’ils diffusent sur le jugement rendu à Londres. Sinon, aussi, que les responsables des institutions financières internationales feraient bien, quant à eux, de mettre un terme à des pratiques qui ruinent les pays à l’économie fragile dont ils sont chargés par la communauté internationale de conduire le redressement.
Jean-Paul Pigasse