Les érosions qui menacent Brazzaville, les forces et faiblesses du programme de la municipalisation accélérée, les travaux d'entretien routier à travers le pays, tels ont été, entre autres, les sujets évoqués pendant la séance des questions orales avec débat aux membres du gouvernement, organisée le 29 juillet par l'Assemblée nationale. Une dizaine de ministres étaient présents à la séance présidée par Justin Koumba, le président de l'Assemblée nationale, qui a rappelé l'intérêt de cet exercice : d'une part, le contrôle de l'action du gouvernement par le Parlement, et d'autre part, l'information de l'opinion nationale sur les principales actions publiques.
Et, de fait, les ministres interpellés se sont succédé à la tribune pour répondre aux questions de quinze députés, dont celle, récurrente, des érosions à Brazzaville. Le ministre du Développement durable, de l'économie forestière et de l'environnement, Henri Djombo, a pu, sur ce sujet, communiqué de nouveaux sur l'ampleur du danger.
Plus d'un tiers de la superficie de la capitale exposée aux érosions
« Le phénomène des érosions à Brazzaville reste une préoccupation gravissime dans la mesure où les mesures prises ne permettent pas encore d'y mettre fin. Nous avons identifié trente-six sites à risque à Brazzaville. Cette superficie à risque couvre 10 532 hectares des 30 395 hectares des sept arrondissements. Cela représente 35% de la superficie de la ville qui se trouve en zone à haut risque », a indiqué le ministre.
Ces précisions résultent du travail effectué par une commission interministérielle, mise en place sur instruction du chef de l'État après la tournée qu'il avait effectuée le 12 novembre 2008 sur les zones sinistrées par les érosions à Brazzaville. La commission s'attelle depuis à la délicate mission d'identifier les zones érodées, caractériser les érosions selon leur ampleur, cartographier les zones concernées, recenser et identifier les personnes à exproprier se trouvant dans les zones à risque, définir les conditions de relogement des personnes sinistrées, dégager les agrégats qui se trouveraient sur les sites, et enfin reboiser les espaces ainsi dégagés.
Des actions d'urgence ont été lancées à cet effet pout la réalisation de grands ouvrages de lutte contre les érosions, comme cela est le cas aux quartiers Casis et Mimi, sur la Nationale 2, et sur la route de Kinsoundi. Cependant, la tâche étant immense, le gouvernement a sollicité d'ONU-Habitat (le programme des Nations unies pour les établissements humains) et de la FAO (l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture) un appui conséquent sur les actions envisagées à long terme.
Le ministre Henri Djombo a alerté les Brazzavillois qui continuent à occuper les espaces exposés à ce danger.
Repenser la municipalisation accélérée ?
La municipalisation accélérée a également constitué un sujet d'intérêt majeur pour les députés qui ont déploré la lenteur d'exécution, sinon l'abandon, de certains chantiers. À leurs interrogations, le ministre d'État en charge de l'Économie, du plan, de l'aménagement du territoire et de l'intégration, Pierre Moussa, a expliqué les difficultés de ce programme étalé sur plusieurs années.
« Depuis son lancement, cette opération a enregistré des avancées importantes, mais elle a aussi révélé certaines faiblesses, a-t-il reconnu. La première faiblesse est liée à l'objectif de promouvoir les PME congolaises qui, de ce fait, étaient attributaires de plusieurs marchés, dont certains accordés de gré à gré, il faut l'avouer. Si certaines entreprises se sont acquittées de leurs tâches honorablement, d'autres par contre ont montré des carences : insuffisance de la logistique, insuffisance des fonds propres ou insuffisance de relations avec le système bancaire qui pouvait leur concéder des avances pour continuer les travaux en attendant le paiement du Trésor public. »
Les deux autres faiblesses ayant entravé certaines réalisations de la municipalisation accélérée sont liées à des tensions de trésorerie qui n'ont pas permis à l'État de s'acquitter à temps des obligations figurant aux contrats de marché, ainsi que le manque d'étude de bon nombre de projets. Dans ce dernier cas, des inadéquations entre certaines inscriptions budgétaires et les coûts réels des travaux ont été relevées.
Les travaux non achevés vont finalement faire l'objet de réévaluations par le bureau d'étude du bâtiment et des travaux publics assisté par d'autres cabinets d'architecture. Une nouvelle attribution des marchés sera opérée, conformément au nouveau Code des marchés, c'est-à-dire sur appels d'offres lancés soit par les cellules de passation des marchés des ministères, soit par la Délégation générale des grands travaux, selon les cas. Le ministre a assuré l'auditoire de l'inscription de ces projets au budget de 2011.
Dix milliards pour la campagne d'entretien routier sous peu
Le financement du fonds routier et l'entretien des pistes rurales ont fait l'objet d'abondantes interrogations adressées au ministre de tutelle, Émile Ouosso. Le chef du département de l'équipement et des travaux publics a reconnu l'insuffisance des financements affectés à l'entretien routier au regard des ambitions actuelles. Il s'est cependant appuyé sur une promesse de son collègue des finances pour apaiser l'inquiétude des députés qui redoutent que rien ne soit fait en cette saison sèche, propice à de tels travaux.
« Une dépense de dix milliards au titre des investissements affecté au Fonds routier sera payée avant la fin de la semaine prochaine », a affirmé l'argentier de l'État, indiquant qu'une partie de ce budget, inscrit au volet des affectations directes par l'État, était déjà payée.
Émile Ouosso a préconisé de redéfinir la politique d'entretien routier, en « repartant de la base ». Cette stratégie vise à refaire des routes en terre qui pourraient supporter des véhicules de plus grands tonnages et durer plus longtemps en utilisant des matériaux locaux (latérite, pierre, etc.) pour les chaussées. « Il nous faut des routes en terre qui puissent durer au moins cinq ans avant qu'on y revienne », a déclaré le ministre aux parlementaires.
Plusieurs autres ministres ont également répondu aux questions des députés et apporté des informations au public. Ainsi, le ministre d'État en charge des Transports, Isidore Mvouba, a informé l'assemblée que sur un total de sept cent sept blessés enregistrés après l'accident ferroviaire de Yanga, vingt-quatre seulement se trouvaient encore dans les structures sanitaires de Pointe-Noire ; ils sont totalement pris en charge par l'État.
La ministre de l'Enseignement primaire, secondaire et de l'alphabétisation, Rosalie Kama, a quant à elle évoqué la construction, l'année prochaine, d'un nouveau complexe scolaire secondaire comportant un collège et un lycée, dans le 6e arrondissement de Talangaï. « Nous avons eu une offre du gouvernement chinois pour la construction d'un tel complexe et Talangaï a été retenu pour l'abriter, compte tenu des difficultés que connaissent les élèves de cet arrondissement le plus peuplé de la ville. Le site proposé par la mairie est celui de Massengo et des démarches sont en cours avec les affaires foncières », a précisé la ministre.
En clôturant la séance, le président de l'Assemblée nationale, Justin Koumba, a invité les députés à faire également usage des autres moyens mis à leur disposition pour contrôler l'action du gouvernement, notamment les questions d'actualité régulièrement inscrites à l'ordre du jour des sessions de l'institution.
Thierry Noungou